Institut du Champ freudien

sous l’égide du Département de Psychanalyse - Université de Paris VIII

et de l'Ecole de la Cause freudienne, association reconnue d'utilité publique

SECTION CLINIQUE DE NICE Session 2017-2018

Association Uforca-Nice pour la formation permanente

Site en cours de modification

01.07.2017

Le père, et au-delà...

 

L’œuvre de Freud est un monument au père.

 

Textes cliniques et textes théoriques s’ordonnent entre deux pôles dont chacun se diffracte en de multiples figures. Disons, pour faire bref : le père jouisseur et le père de la Loi. Même les textes qui se risquent du côté des mythes et de l’anthropologie sont prétexte à donner consistance, ici au père de la horde primitive, là au père-passeur sur le modèle de l’homme-Moïse.

D’un côté, c’est une intuition clinique, très tôt mentionnée : ce que disent les patients renvoie toujours en dernière analyse à un personnage préhistorique qui règne sur le sujet et ses semblables avec toute la puissance de l’arbitraire dans sa quête de satisfaction aveugle. De l’autre, il y a le théorème, l’axiome freudien qui s’origine dans son histoire personnelle comme dans les signifiants qui le constituent : le père n’est pas une question, c’est une réponse.

La masse foisonnante et toujours renouvelée du matériel analytique (expérience des cures, récits des analysants, constructions en analyse, formations de l’inconscient, fantasmes ou délires) constitue un florilège de scénarios épiques dont le père est le héros...pas toujours positif. Chaque cas peut être conçu comme un mythe particulier qui semble répondre à une même question : comment le père jouit. Les sujets s’en plaignent, dénoncent ou désapprouvent. Ils ne peuvent ni ne veulent pour autant s’en détacher. A chaque fois et sous des formes toujours distinctes, le personnage paternel semble mettre en scène un mode d’emploi de la vie, du rapport au sexe et à autrui. Pour Freud, il s’agit d’autant de variantes qui peuvent se ramener à trois modalités d’explication des origines : la castration, la séduction ou la scène primitive. Ainsi se forge un schéma explicatif qui sera à la clef de la partition que le sujet jouera dans le concert du monde.

Quant à l’Œdipe, c’est l’épopée qui met en forme la fonction assumée par le père dans le creuset familial : il sépare l’enfant de la mère, objet d’amour primordial, en barre l’accès par sa seule présence, et du même mouvement, il rend l’entrée au monde possible et humanise le désir. La porte qu’il ouvre ainsi donne accès aux conditions de l’amour, du travail et de l’autonomie. Ce que le sujet perd du côté de l’origine, rendue à jamais inaccessible, il le regagne sur la vaste scène qui s’ouvre à lui. S’offrant comme figure d’identification, le père noue le désir à la loi et la jouissance privée à la norme sociale et sexuelle.

La voie prise par Lacan apparaît très tôt décalée par rapport à l’orthodoxie freudienne. Dès son travail sur Les complexes familiaux, il affirme en effet le déclin social de l’imago paternelle. Pour lui, l’Œdipe dans sa version analytique ressemble déjà à un chant du cygne pour un patriarcat à l’agonie dans la Vienne du début de siècle. Le lien de cette apologie du père avec la religion originaire de Freud est pour lui l’un des points aveugles, des éléments inanalysés du fondateur de la psychanalyse.

Les premières années de son enseignement sont, jusqu’en 1960, un commentaire minutieux et précis du corpus freudien. Mais, ce qui anime cette lecture rigoureuse est certainement la volonté de dégager la logique structurelle à l’œuvre dans les mythes analytiques. Dans les drames familiaux, les constructions névrotiques, comment s’exerce et rate la fonction paternelle ? Dans la psychose, à laquelle la psychiatrie se confronte (Lacan disait que c’était son honneur), et que le psychanalyste rencontre chaque jour, comment cette fonction se trouve mise en échec ?

L’idée même de fonction, terme emprunté au registre de la logique, vise à mettre en valeur ce qui o-père, sous les costumes de la commedia del’Arte, du vaudeville ou du roman familial. C’est cette voie qui permet à Lacan de définir l’opérateur logique, tantôt mis en jeu et tantôt rejeté par les sujets, et qui est le ressort de la clinique freudienne. Ce terme est le Nom-du-Père, signifiant qui s’incarne dans telle ou telle personne de la réalité qui le supporte, le fait agir et l’assume, et sert de clé pour un usage bien tempéré du symbolique, comme défense contre le réel.

Mais la clinique de Lacan et de ses élèves, la diversité des cas et les mutations sociales que produit la technique amènent rapidement à éclairer d’un jour nouveau la découverte. C’est le tournant des années soixante, dans l’enseignement de Lacan, qui conduit à ce qu’on appellera la pluralisation des Noms-du-Père. C’est au cas par cas, en effet, que la psychanalyse peut permettre de définir la solution propre à chaque sujet, la façon particulière qu’a celui-ci ou celle-là de s’orienter dans l’existence et de faire tenir ensemble l’imaginaire, le symbolique et le réel. La forme canonique à laquelle conduit l’Œdipe freudien n’apparaît vite que comme une forme parmi d’autres, traditionnelle et héritée, de faire avec les énigmes de l’existence.

Nous avons beaucoup travaillé ces dernières années le changement auquel Lacan procède dans la praxis analytique entre 1960 et 1964. Le livre X du séminaire, L’angoisse, montre par exemple l’effort décidé qu’il entreprend pour aller « au-delà de l’impasse du complexe de castration », c’est-à-dire de ce que Freud n’a jamais cessé de présenter comme « le roc » indépassable sur lequel ne peut qu’aboutir chaque cure. Là où la castration avait un agent, le père, elle devient sépartition, constitutive du sujet et de la perte. A partir de cette date, l’enseignement de Lacan avance résolument par une série de pas « au-delà » : du père, de la castration, de l’Œdipe, de la Loi, et de Freud lui-même. Au monument érigé par Freud fait suite alors une recherche inédite. Le père y intervient plutôt comme l’instrument d’un nouage, et le sujet, comme un bricoleur.

Avec la clinique borroméenne et le plus de jouir, s’ouvre ainsi une autre approche de la psychose. Sortir de la stricte forclusion du nom du père, d’une théorie sur base de déficit, permet d’accueillir la trouvaille, l’invention. Que peut faire un psychotique face à la jouissance erratique, celle qui dans le monde amène un sentiment diffus de persécution, celle qui dans le corps devient hypochondrie ? L’appareille-t-il ? Au cas par cas, il y a lieu de voir comment le nouage se réalise. Est-ce par l’imaginaire au moyen du délire, est- ce par le symbolique avec un signifiant identitaire, ou est-ce par le réel avec une pratique du réel ?

L’au-delà de la castration, c’est la voie d’une nouvelle conception de la direction de la cure. Elle permet à tel obsessionnel de sortir du face à face au rival, sous le règne du maître absolu qu’est la mort, et à telle hystérique, de la revendication phallique et de l’envie du pénis. Le sujet dont la question porte sur l’être féminin trouve ainsi chance de répondre autrement que par une identification virile, un rabattement sur l’idéal maternel ou une capture dans les leurres de la mascarade. Celui que l’être-vers-la-mort taraude peut s’inventer un autre destin que la cadavérisation et la négation de son désir. Et c’est précisément le repérage analytique de l’objet a, objet cause du désir, qui permet de se passer du Nom-du-Père...à condition de s’en servir.

Le père et son au-delà, c’est la psychanalyse lacanienne, celle qui  répond du symptôme et non au symptôme. Elle délaisse les standards mais tient aux principes. Elle n’écoute pas le ronronnement de l’horloge mais elle scande le pas de l’analysant de ponctuations et de coupures. Elle ne se fie pas aux associations de l’inconscient de l’analyste mais elle affronte l’acte. Elle ne se défend pas du désir de l’analyste par le contre-transfert.

Le père et son au-delà invite chacun à un effort de poésie.

 

L’œuvre de Lacan est un chantier toujours ouvert.

 

La perversion

 

Où la psychanalyse croise le chemin de la perversion.

 

La psychanalyse croise très tôt la perversion dans son élaboration théorique. Mais elle ne la croise que de façon indirecte : il ne semble pas que Freud ait eu affaire dans sa pratique à d’ « authentiques » sujets pervers. Ce qui convoque la question perverse dans la construction de la clinique freudienne, c’est le discours des névrosés, dans l’élaboration de ce qui se présente à eux, au fil des cures, comme souvenirs d’enfance. Quelque chose a laissé sa trace dans leur histoire infantile, qui n’est pas sans rapport avec le catalogue décrit par Krafft Ebing et Havellock Ellis. Ces évènements prennent deux formes essentielles qui n’auront pas le même destin chez le sujet devenu adulte.

D’une part, certains analysants témoignent de leurs préoccupations sexuelles précoces, de fantaisies et d’expériences qui conduisent Freud à soutenir, contre le conformisme ambiant, même dans les milieux médicaux et savants, l’existence de la sexualité infantile. Celle-ci est riche, variée, diffuse, multiforme, désordonnée, ignorante des contrôles et des contraintes. Bien loin d’un vert paradis ou d’une innocence originelle, les cures font émerger un chaos pulsionnel que Freud qualifiera de pervers polymorphe. Tout se passe comme si l’organisation psychique et la normativation du désir s’opéraient à partir d’un combat entre des puissances libidinales protéiformes et explosives et les exigences sociales de domestication progressive de ce courant primaire.

D’autre part, la richesse des récits faits par les patients et la levée progressive du refoulement sous transfert, amènent à la reviviscence de scènes précoces de rencontre à caractère sexuel, marquées par la satisfaction ou l’insatisfaction, et pouvant concerner l’enfant au contact d’adultes, étrangers ou familiers.

L’hypothèse de l’étiologie traumatique des névroses naît ainsi, à partir de la réminiscence de choses vues, entendues, perçues ou vécues, mettant souvent en scène un adulte pervers.

On se souvient que ce n’est que dans un second temps que Freud avait pu franchir le pas consistant à donner à ces scénarios traumatiques le statut de fantasmes, élaborés par le sujet à partir des éléments fragmentaires de l’expérience réelle. C’est ainsi qu’il pourra définir par exemple trois modalités de fantasmes originaires, centrés par la castration, la scène primitive ou la séduction.

La perversion se déplaçait ainsi dans la genèse des névroses, passant de la rencontre réelle à la substance du fantasme sexuel. Mais la dimension de la perversion restait comme une constante, un noyau autour duquel la névrose avait pu se construire à partir de sa forme infantile. La névrose continuait à apparaît comme l’envers de la perversion, ou son négatif. Elle était en tout cas indéniablement une défense contre la perversion : défense contre la jouissance d’un adulte pervers dans la réalité historique, ou défense contre le désir pervers du sujet, présent au cœur du scénario fantasmatique.

De la généalogie d’un terme et de ses paradoxes

Le terme de perversion conserve les paradoxes liés à sa vicissitude historique. Le terme fut utilisé par la médecine, quand elle se prit à étudier la sexualité humaine en la soumettant au mode de collection clinique qui avait prévalu pour les maladies. On se souvient ici des travaux d’Havelock Ellis et de la « psychopathia sexualis » de Krafft-Ebing véritable encyclopédie des perversions, toutes pensées à partir d’une référence à la normale. Ainsi la médecine et en particulier la psychiatrie va-t-elle annexer à son profit un champ d’investigation, la sexualité, qu’elle va prélever sur celui de la morale sans pour autant se débarrasser des présupposés moraux qui balisaient ce champ.

Dans les trois essais sur la théorie de la sexualité Freud va s’emparer de la question. Il ne va pas s’occuper de discuter les espèces collectées, mais s’en servir pour éclairer sa propre conception de la sexualité, dans le cadre de sa compression analytique. Il va ainsi soumettre le catalogue des perversions à une réduction aux avatars de la pulsion partielle qu’il a découvert dans les cures. Loin de maintenir la lecture morale effectuée avant lui, il va se servir des perversions comme autant d’illustrations de la sexualité humaine. Les perversions ont cependant été isolées. Il définira alors le caractère spécifique qui pourrait les englober. La perversion devient la modalité de sexualité humaine qui se spécifie par un caractère partiel, rigide, limitant la possibilité d’une relation sexuelle entière à laquelle il a longtemps cru. De fait, même détourné ainsi par lui, le concept de perversion va conserver de sa genèse un espace sémantique qui inclut la dimension  morale et par delà politique.

Dans un second temps plus tardif, il va tenter d’élever la perversion au statut d’une variété clinique égale en intérêt à celui de la névrose et de la psychose. La perversion va devenir une des modalités de réponse subjective à la castration, concept qu’il va installer au cœur de la clinique et de son complexe d’Œdipe.

La perversion devient la « Verleugnung », terme allemand que nous traduisons par désaveu, de la castration. C’est une modalité qui s’oppose à la reconnaissance de la castration qui est au cœur de la névrose, et au rejet, qui serait la position proprement psychotique. Ce désaveu est une position qui reconnaît et dément dans le même mouvement la castration et spécifiquement celle de la mère. Il invente à cette occasion le rôle central du fétiche dont il fait « le signe d’un triomphe sur la menace de castration et une protection contre cette menace ».

Fétiche et objet a

Lacan proposera que «  ce qu’il y a de plus caractéristique dans la relation d’objet pré-oedipienne » est  la naissance de l’objet comme fétiche. La clinique du fétichisme l’amènera à introduire la dialectique du phallus entre la  mère et l’enfant, l’existence de cette triade imaginaire précédant la mise en jeu de la relation symbolique, qu’il rapporte alors à la fonction paternelle. Dans cette dialectique le fétichiste pourra tantôt occuper la position de la mère par rapport au phallus, tantôt celle du phallus par rapport à la mère.

Lacan fera ensuite du fétiche le paradigme de l’objet cause du désir, car ce n’est pas le petit soulier ou quelque autre objet qui est désiré, mais c’est en tant que fétiche qu’il  cause le désir.

La question se pose de savoir si la perversion existe chez les femmes. La clinique nous pousse à réserver aux hommes, la cause d’un désir incarné dans un objet-fétiche. Il faudrait examiner à nouveau chez la jeune homosexuelle les conséquences de la déception due au défaut du don paternel. Ce don est attendu chez la fille, selon Freud, du côté de l’objet-enfant, comme substitut au manque phallique. Qu’est ce qui pousse la jeune homosexuelle vers l’homosexualité, plutôt que d’envisager d’être mère à son tour ?  C’est à partir de ce constat que Jacques Alain Miller nous dit, dans son intervention au colloque de Lausanne, L’enfant entre le femme et la mère : « la perversion est en quelque sorte normale du côté femme – l’amour maternel peut aller jusqu’à la fétichisation de l’objet infantile. Il est conforme à la structure que l’enfant comme objet de l’amour ne demande qu’à prendre la fonction de voiler le rien, qui est le phallus en tant qu’il manque à la femme ». Nous pouvons en déduire que les femmes ne sont pas perverses : elles sont mères. Il faudrait alors examiner les conditions qui font que l’enfant n’est qu’un fétiche « normal », pour déduire celles où cette place devient problématique, quand l’enfant mâle est identifié, fixé à l’objet imaginaire du désir féminin. C’est cette place qui a alimenté la relation du petit Hans à sa mère. Si bien que pour lui la question de la castration de la femme s’est déplacée sur les culottes noires de la mère comme voile à la castration.

 

Le pas de Lacan

Lacan héritera de ce débat dans son élaboration continue de la cohérence de la doctrine analytique au regard de sa pratique. Comme Freud il marquera sa distance d’avec les présupposés moraux du terme, sans pour autant renoncer à exploiter la piste d’une position subjective, non pas tant originale, que nécessaire à interroger puisqu’elle est celle de certains êtres parlants. Sur le plan épistémologique il n’était pas plus question de reculer devant la perversion que devant la psychose. Il va déplacer la question cependant comme il l’a fait pour le reste de la clinique. La perversion deviendra avec lui une des trois positions subjectives au regard du réel et en particulier de la jouissance. Comme pour le névrosé et le psychotique c’est une clinique qui est corrélée à l’Autre. Ainsi, si Freud construisait sa classification à trois termes, névrose, psychose et perversion, à partir de trois modes de traitement de la castration  (reconnaissance-refoulement, désaveu ou rejet), Lacan fait de ces trois positions subjectives, trois modes de défense au regard du réel.

Pour Lacan il y donc une structure perverse : elle ne se résume pas à être le négatif de la névrose et sa position originale au regard de l’Autre jette quelques lumières latérales sur le champ de la clinique toute entière.

Pour une clinique de la perversion

Le séminaire « D’un Autre à l’autre », récemment publié,  va nous permettre de reconsidérer la perversion au-delà des ambiguïtés rencontrées dans la phénoménologie clinique, où chaque modalité singulière de l’expression perverse se trouve régulièrement marquée d’une position diagnostique problématique entre névrose et psychose. Ceci tient au fait que la perversion trouve sa description généralisée dans un principe unique de transgression des rapports du désir à la loi. C’est en quoi la clinique du pervers se rencontre plus dans les locaux de la brigade des mœurs que dans les cabinets d’analystes, du simple fait qu’avant de considérer sa souffrance particulière on demande à celui-ci de rendre raison de la souffrance qu’il impose à la loi et donc à l’autre qui s’en soutient. Dans le monde du spectacle et de la presse à sensation qui fait désormais le lot quotidien de l’information, la prodigalité extensive des exactions sexuelles du pervers oriente l’essentiel du paysage affectif contemporain, jusqu’au point où l’on peut craindre qu’à l’ignominie sans limite réponde la barbarie régulatrice. Rappel à l’œil pour œil. Mais ici il n’y a rien de plus que la relation ancestrale du névrosé au pervers, c’est-à-dire du névrosé à son fantasme, lequel est consommateur de fantaisies perverses destinées à soutenir le désir. Jusqu’au point limite où la consommation de fantaisie se renverse en dévoration, épuisant le fantasme, déprimant le désir, et laissant apparaître l’abjection de l’objet qui, en retour, en vient à se faire payer chair.

Il se joue de la chair

Depuis Sade nous savons que le pervers se joue de la chair avec l’appui de la lettre, ce qui amène Lacan a concevoir un aspect de l’objet a, non plus considéré sous son angle charnel (oral, anal, vocal, regard, réglés par la castration), mais à partir de la logique de l’Autre décomplété du signifiant qui l’assurerait de sa totalité.

La qualité de « défenseur de la foi » attribuée par Lacan au pervers, pour déroutante qu’elle apparaisse, peut nous permettre d’appréhender certaines caractéristiques de la perversion qui ne soient pas directement contaminées par des considérations délictueuses. L’exemple de l’exhibitionniste qui pratique solitairement devant le tabernacle, s’il est foncièrement saisissant bien que ne relevant pas d’une catégorie très répandue de la clinique, veut montrer qu’il y a dans la position perverse une adresse à un Autre radicalement désincarné et qui demande à être complété de la jouissance. Dans cette perspective, nous tenterons d’interroger les épidémies pédophiliques qui défraient la chronique, leurs fréquences dans des milieux à vocation religieuse ou éducative. Avec la question de savoir comment certains sujets peuvent déposer sur l’enfant une fonction tabernacle, sans occulter pour autant ce qu’il peut y avoir là de volonté de nuire. Et nous tenterons d’en apercevoir les conséquences cliniques et thérapeutiques dans nos pratiques respectives.

 

Statut de l’Autre dans la perversion

D’un Autre à l’autre vient éclairer le rapport du sujet à la perversion à travers son mode d’inscription dans le champ de l’Autre. En effet, à partir du signifiant S(A barré)  qui est l’écriture de :« l’incomplétude foncière de ce qui se produit comme lieu de l’Autre » (p 252), Lacan  articule la fonction du regard et de la voix à travers les modalités de jouissance particulière du sujet. Que le pervers soit celui qui se consacre « à boucher le trou dans l’Autre » (p 253) pose le cadre d’une clinique qui, de l’exhibitionniste au voyeur, et du masochiste au sadique, s’inscrit sous l’angle de la dissymétrie des pulsions et de leur différence. C’est le regard que l’exhibitionniste cherche chez l’Autre pour qu’il en jouisse quand le voyeur quête chez l’Autre ce qui ne peut se voir. Dans cette fonction de supplément, la voix est portée, pour le masochiste, par un Autre qui peut incarner une figure du surmoi tandis que le sadique s’évertuera, le plus souvent en vain, à compléter l’Autre de sa voix pour faire taire sa parole.

C’est au bord du lieu de l’Autre, lieu du langage et de la parole, que le pervers se tient pour tenter d’obtenir cette jouissance de l’Autre qui pourtant lui échappe.

L’Autre, sa jouissance ou son désir

Si le pervers s’emploie à boucher le trou dans l’Autre, il se pose volontiers en victime du désir de  cet Autre,  à la différence du sujet psychotique qui, à l’instar du Président Schreber, s’érige en victime de la jouissance de l’Autre,  qui l’influence voire l’envahit.

Pour le psychotique, un aménagement prenant la forme d’une perversion peut se présenter comme une pratique qui  apprivoise la jouissance  et le maintient à distance d’un point énigmatique ; elle peut viser à une fonction de  suppléance du Nom-du-Père forclos, voire opérer un nouage sinthomatique. Nous aurons à déployer ce que la  clinique nous enseigne de cette fréquente intrication de la  psychose avec la perversion.

Actualité

Au-delà de la clinique, nous aurons à nous demander si celui que les médias spécialisés repèrent, par exemple, comme criminel sadique relève de l’une ou l’autre de ces structures. Force est de constater que le terme de perversion fleurit dans les débats qui accaparent l’opinion publique, de l’affaire Dutrout à celle d’Outreau. Les ambiguïtés que nous évoquions tout à l’heure reparaissent, les mêmes termes pouvant être utilisés en fonction de leurs échos moraux, médico-sociaux, psychiatriques et juridiques. La confusion reprend ses droits, en même temps que les discours les plus moralisateurs et normatifs voisinent avec ceux qui revendiquent la plus grande tolérance en matière de mœurs. D’un côté, les conventions vacillent au gré des revendications concernant les unions sexuelles et la légitimation des pratiques de jouissance ; de l’autre, la frayeur se répand et les figures des monstres de légendes refleurissent.

Du côté de l’enfant, de ses conduites et de son éducation, la confusion est aussi de retour : Les tenants de l’ordre voudraient déceler le plus précocement possible toutes les déviances, anomalies et troubles répertoriables, afin de « prévenir » les pathologies à venir. L’hyperactivité, l’agitation, la désobéissance deviennent ainsi les signes avant-coureurs de la délinquance et du crime ; la sexualité infantile et les jeux dans la nurserie peuvent être qualifiés d’attentats à la pudeur, de harcèlement sexuel ou d’indices prédictifs des plus graves déviances sexuelles. Nous aurons à redonner sa valeur à l’assertion freudienne de la découverte de la sexualité infantile : l’enfant est un pervers polymorphe.

 

Modalités contemporaines de jouissance

Lacan a le premier affirmé que l’époque que nous vivons est traversée par un double mouvement, effacement des idéaux et promotions des modalités de jouissance qu’il a aussi condensé comme une montée au zénith de l’objet a.  Pour lui le destin du sujet n’est pas sans rapport à ce qui se trame dans l’Autre et l’inconscient lui même n’est pas anhistorique. Il y donc lieu de s’interroger sur l’impact clinique des changements qui surviennent dans l’Autre. Nous sommes animés par une question : quel est l’effet de l’époque sur le régime des jouissances d’un sujet pris « au cas par cas ». Quelle limite pouvons nous tracer entre le champ propre du symptôme du sujet, sa singularité la plus intime et les répercussions subjectives de l’Autre. Ces dernières nous promettent elles de nouvelles dimensions à prendre en compte dans la clinique.

La psychanalyse avait déjà permis d’affirmer la disjonction radicale entre sexualité et reproduction, guère contestée depuis. La science a fourni depuis les instruments de la mise en œuvre dans les pratiques humaines de cette séparation. Nous pouvons déjà nous intéresser aux répercussions dans la subjectivité de cette nouveauté. Les travaux existants sur les répercussions subjectives des nouvelles modalités de reproduction peuvent nous servir de modèle pour réfléchir à d’autres influences de la civilisation sur la subjectivité.

Une des questions qui pourra nous animer est celle de l’influence de l’époque sur le répartitoire sexuel. Quelle incidence l’époque produit sur l’être homme ou l’être femme ?

Le deuxième module de l’année, précisément consacré à une réflexion sur les modalités contemporaines de jouissance, prolongera les recherches que nous avons menées ces dernières années, sur les nouveaux symptômes, les modes actuels de bouleversement du lien social, les modifications du droit et des pratiques en matière de mœurs, de sexualité, d’organisation familiale. Nos temps sont ceux où tout peut devenir instrument mis au service de la jouissance, dans une logique qui est celle du droit pour tous, à tout. Le corps et sa culture, l’ordinateur et les produits de consommation, les loisirs aussi bien que le voyage : l’impératif post-moderne s’énonce ainsi : « Jouis ! », tandis que le corollaire de cet effacement des interdits prend la forme de la dépression et de l’ennui.

 

Cet obscur objet...

 

Cet obscur objet... dont nous faisons un titre nous éloigne de la formule énigmatique par laquelle Buñuel sut nous séduire. Cette suspension en trois points ne poursuit pas sur la question du désir, que la formule appelle, mais fait défiler devant nous la chaîne des occurrences que le signifiant « objet » suscite. Nos menues aliénations quotidiennes en répondent. Elles sont lourdes de ces petits objets de confort, de commodités et d’acceptation passive qui signent notre mode d’inscription sous le registre de la jouissance. Traitement de la vérité du sujet contemporain, ils viennent remplir un manque à être qui cherche à se dire.

L’expérience analytique peut rendre compte du concept d’objet au tranchant de sa saisie dans le monde d’aujourd’hui. De l’objet, produit de consommation, aux formes de l’objet prélevé sur le corps, liées aux orifices du corps dont nous savons la fonction essentielle pour le traitement de la pulsion en passant par les formes sublimées de l’objet que le Nouveau Réalisme des années 1960 nous fit découvrir, une question demeure vive qui fait notre mise au travail actuel : comment faire avec l’objet quand il ne cesse de s’imposer tout en nous échappant toujours, tel un furet ?

Pourquoi vit-on ? Qu’est-ce qui nous anime ? Comment tient-on au monde ? Par quoi sommes-nous liés à nos semblables et attachés à quoi que ce soit ? Que cherchons-nous, qu’est-ce qui nous pousse ?

Dès les premières ébauches d’élaboration psychanalytique, le terme d’objet vient sous la plume de Freud, qu’il s’agisse d’interpréter la pathologie ou le fonctionnement normal de la vie, le symptôme ou le lien social, le plaisir ou le déplaisir, l’expérience inaugurale des cures, ou l’entrée du petit d’homme sur la scène du monde.

Le mot s’impose, au joint du corps et de l’âme, du sujet et de ses entours, aussi bien pour rendre compte de la satisfaction que de la souffrance, de ce qui fonde l’existence que de ce qui se répète inexorablement.

Il vient, pour donner sens à ce qui fait trace comme à ce qui se perd irrémédiablement, de ce qui se représente et accède à l’univers des symboles comme de ce qui échappe à toute prise de l’image et des mots.

Notre session annuelle sera en quelque sorte le commentaire d’une phrase de Lacan qui en résume l’enjeu : « La vérité du sujet .../...n’est pas en lui-même, mais dans un objet de nature voilé ».

Nous déclinerons les avatars de cette notion, depuis l’objet perdu de Freud, celui qui ne se constitue que d’une première perte, à l’objet condensateur de jouissance de Lacan, de l’objet partiel aux cinq formes de l’objet a, des notions de source, poussée et trajet de la pulsion par rapport à son objet, à l’objet cause du désir, de la libido à la jouissance.

 

 

Figures de la féminité

 

Figures

La Maman ou la Putain, la Fée ou la Sorcière, La Vierge ou la Démone, Eve ou Lilith, Eve encore ou Marie, la Sainte ou la Sirène, Amazone, Circée, Méduse, Antigone ou Médée, génitrice, parturiente, avorteuse, pleureuse, médiatrice, Femme pauvre ou Femme fatale… Autant de portraits et de dits pour « celles que l’on-dit femmes » comme l’écrit Lacan. Toutes ces figures hantent livres et revues, magazines de mode ou ouvrages érudits. C’est que la féminité, si elle fait parler, demeure un secret bien gardé. Bouche cousue sur ce mystère que la femme représente pour l’autre comme pour elle-même.

Si le titre est explicite et suscite chez chacun le défilement d’une série quasi-illimitée d’images, il dit, en même temps, la difficulté de ce qui est visé : la multiplicité des figures découle d’une impossibilité, celle de dire, de nommer, d’épingler ce que serait « la féminité ». C’est parce que le Un de « la femme » ne peut ni se dire ni s’écrire que le multiple apparaît et foisonne. C’est parce que cette impossibilité porte sur ce que serait l’essence ou l’être de la féminité, que nous sommes ramenés au règne des figures, c’est-à-dire ce qui fait fond sur le champ imaginaire. Qui dit Figures dit semblants, « La Femme n’existe pas », voilà ce qui appelle en lieu et place de celle-ci autant de figures dans lesquelles se diffractent une essence qui se dérobe et que nous ne pouvons saisir. Le terme de semblant lève toute confusion possible avec d’autres termes du vocabulaire de la psychanalyse : Imago, tout d’abord, que Freud avait retenu pour nommer sa revue, représentations (Vorstellung et Dastellung) ensuite, termes empruntés à la philosophie de son temps, qu’un manque de rigueur dévalorise. Lorsque Lacan recourt tardivement au terme de semblant, il englobe, dans sa simplicité, l’image et le symbole. Mixte d’imaginaire et de symbolique, le semblant se trouve défini par le fait même qu’il semble, quelque chose qu’il n’est pas vraiment.

 

L’énigme féminine

Freud a mis à jour les particularités de l’Œdipe féminin qui n’est pas construit en symétrie avec celui du garçon. Il met l’accent sur l’importance de la relation préœdipienne à la mère. Ces avancées ne lui permettent pas de dépasser l’énigme que représente, pour lui, la vie sexuelle de la femme : « dark continent » écrira-t-il.

Cependant, la psychanalyse a beaucoup appris d’une figure particulière de la féminité, celle qui s’incarnait dans l’hystérie au temps de Charcot et de Freud. Lumière pour la psychanalyse, ombre maintenue pour la féminité. Qu’est-elle devenue au temps de la modernité, où se loge son mystère dans un monde avide de transparence et d’évaluation ?

 

De la Jouissance féminine

Lacan oppose féminité et hystérie contre le discours courant qui tend à en faire un analogue de la position féminine. De la même façon, il isole la question féminine de la maternité s’éloignant de Freud qui faisait  de la maternité un achèvement de la sexualité féminine. C’est par l’accent porté sur la radicale différence entre mère et femme, à partir de la jouissance Autre, que Lacan abordera la position féminine.

Dans son enseignement, Lacan a distingué trois types d’exception, celle de la femme, celle du père et celle de la psychose. L’exception féminine qui vaut pour toute femme est à mettre en rapport avec le fait qu’il n’y a pas de signifiant de « La Femme » dans l’inconscient. Qu’essaie-t-on d’attraper par cet insaisissable ? De ne pouvoir se dire sous le registre de l’Un la femme se cherche du côté de l’Autre, là où la garantie n’est pas de mise. Révoltées ou soumises, amoureuses ou haineuses les femmes sont parfois de drôles de partenaires dont les hommes s’embarrassent pour leur plus grand plaisir ou leur pire souffrance. Le « Pas-tout » sera donc au rendez-vous de nos travaux. Il  s’impose en logique pour saisir un trait qui ferait réponse à la question de la jouissance féminine, irréductible à la Loi, au signifiant, au phallus et au langage.

 

 

La psychanalyse au XXIe siècle

Questions, idées… trouvailles

 

Ceux qui ont vécu la psychanalyse pour eux-mêmes et se sont formés à cette discipline, l’exercent aujourd’hui dans des conditions très diverses. Certains pratiquent en cabinet et comme Freud le faisait lui-même. Quelques uns travaillent dans des institutions officiellement analytiques, qu’ils ont créées ou où ils ont trouvé place (CPCT, établissements du RI3… ). Mais le plus souvent, les psychanalystes prennent rang dans des institutions qui les hébergent, où leur orientation est une parmi les autres, servant ici de référence, seulement tolérée fréquemment, parfois violemment disputée par des courants hostiles.

Comment pratique et théorie analytiques s’adaptent-elles à ces différents contextes ? Quel usage fait-on de la boîte à outils conceptuels, qui s’est constituée au fil de cent ans d’expérience ? Quelle place ont les catégories structurelles auxquelles Freud avait recours, dans son dialogue avec la psychiatrie naissante, et particulièrement les classes névrotiques, hystérie, obsession, phobie ?

Comment les situations nouvelles et inédites, tel le CPCT, justifient-elles – quand même – le recours au diagnostic différentiel, notamment entre névrose et psychose ? Jusqu’à quel point les traitements actuels permettent-ils de focaliser l’action analytique sur un symptôme, un point, une question, un problème partiel ?

Y-a-t-il place aujourd’hui pour une pratique de la parole :

1– qui suppose  une efficacité de celle-ci sur le réel, la jouissance, la vie ;

2– qui postule qu’une marge de liberté, de choix et de changement possible existe, malgré les nécessités qui déterminent l’existence ;

3– qui fait appel à une éthique de la responsabilité, par laquelle les sujets n’abandonnent pas leur vie entre les mains de quelque figure du destin que ce soit : la fatalité, les dieux, les gènes…

Peut-on dire haut et fort aujourd’hui : Non, tout n’est pas écrit.

 

 

Désir et fantasme

Le fantasme est un concept spécifique de la pratique analytique.

« S’il y a quelque chose que nous apprend l’expérience psychanalytique, c’est bien ce qui concerne le monde du fantasme (1) », avance Lacan. En effet, pour peu qu’un analyste consente à se faire « portier de l’inconscient » et permette au sujet d’aller au-delà des élucubrations sur le sens dont se nourrissent les psychothérapies, l’analysant aura accès au registre où pourront se développer les questions du fantasme, du désir et de la jouissance.

En 1897, Freud renonce à sa théorie de la séduction de l’enfant par un adulte pervers, qu’il situait comme cause des symptômes hystériques. En écrivant à Fliess qu’il ne croit plus à sa Neurotica, il substitue le fantasme inconscient à l’événement traumatique, tout en le différenciant du rêve (2). Il soutiendra ensuite que les fantasmes inconscients des névrosés présentent « le même contenu que les actions authentiques des pervers (3) », jusqu’à « Un enfant est battu » (1919), article qui marque un tournant : dans ce paradigme analytique du fantasme, qui se présente sous la forme d’un texte se déroulant en phrases successives, Freud articule étroitement la satisfaction masturbatoire – c’est-à-dire la jouissance – avec le fantasme.

Lacan montrera d’une part que c’est dans le fantasme que le désir trouve « son support, et son réglage imaginaire (4) » et d’autre part que la cause du désir est en l’Autre : « Le désir c’est le désir de l’Autre (5) ».

Il déploiera la logique du fantasme qui met en rapport le sujet, fondamentalement divisé par le signifiant, et l’objet qui comblerait sa faille, l’objet petit a. C’est pourquoi le fantasme est « ce qui sert le mieux au névrosé à recouvrir l’angoisse (6) ». A côté du symptôme, il représente une solution à l’impossible écriture du rapport sexuel.

Le désir est donc régi par un scénario qui offre du même coup son cadre à la réalité. Ce scénario a une structure, des protagonistes et des places offrant la possibilité de multiples permutations, un récit, qui peut se réduire à une phrase aussi minimale qu’une épure, et des images. Mais ce qui en fait le cœur et l’essence est une modalité de jouissance, que cet appareil complexe enveloppe et habille.

J.-A. Miller montrera que distinguer cliniquement l’objet et le signifiant, donc le fantasme et le symptôme, est essentiel pour la direction d’une cure. Un juste repérage du fantasme est nécessaire dans la conduite d’une cure de psychanalyse pure ou appliquée.

La psychanalyse s’offre à déchiffrer ce savoir inconscient, en isolant les objets a produits dans le manque de l’Autre, permettant ainsi à la cure d’ « opérer sur le fantasme (7) ». Restera à l’analysant à rencontrer, au-delà de ce savoir chiffré, l’horreur de savoir, soit le réel que le fantasme masque et traite à la fois.

Nous aurons à étudier les coordonnées du fantasme dans chacune des structures cliniques et leurs effets quant au désir :

Pour le névrosé, le fantasme met en scène un Autre et son manque, qui sont ses partenaires. Si l’hystérique soutient son désir comme insatisfait et affiche sa castration, l’obsessionnel évite son propre désir et vise à annuler celui de l’Autre.

Le pervers quant à lui se pose volontiers en victime du désir de l’Autre qu’il s’emploie à angoisser.

Pour le sujet psychotique, la non-extraction de l’objet petit a compromet l’avènement de la structure du fantasme et la possible régulation de la jouissance par l’accès au désir. Nous verrons à quelles inventions il sait recourir qui peuvent tenir lieu de fantasme.

 

1. Lacan, Séminaire «  L’envers de la psychanalyse » p. 55.

2. Freud, L’interprétation des rêves.

3. Freud, Trois Essais sur la théorie de la sexualité.

4. Lacan, Séminaire, «  Le désir et son interprétation ».

5. Lacan, Ecrits, p. 780.

6. Lacan, Séminaire, «  L’angoisse ».

7. Lacan, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres Ecrits.

 

 

Inventions & solutions dans la psychose

 

« Nous sommes tous des malheureux avec le réel » : l’opacité sexuelle et les embrouilles de l’existence concernent chaque être parlant. Comment s’accommoder de notre corps, des autres, de la jouissance, du sens et de la mort ?

Certains disposent d’une boussole dont l’OEdipe freudien les a dotés : le Nom-du-Père, qui noue le désir et la Loi. Ils peuvent ainsi suivre la grande route, comme tout le monde, la voie tracée, conforme, « normale » et balisée.

Les autres — ceux qu’on dit « psychotiques » — risquent d’errer, faute de ce repère et de ses réponses toutes faites, de ce prêt à porter « traditionnel et hérité ». Faute d’avoir reçu ce kit du névrosé banal, il leur reste la possibilité de forger des solutions singulières. C’est même souvent une nécessité vitale.

Un travail de bricolage les attend, pour lequel une véritable capacité d’invention s’avère indispensable : on raboute, on rafistole, on assemble de bric et de broc, on fait des épissures. Le montage tient de l’assemblage surréaliste parfois, de l’oeuvre d’un Tinguely ou d’un Arcimboldo.

La création est au principe de ces combinaisons de fortune qui aident à tenir dans le monde et avec les autres, à vivre malgré les écueils croisés du signifiant et de la jouissance.

Lacan a donné l’exemple d’un tel montage avec Joyce : telle est la solution joycienne. Mais chaque cas fait la preuve de la même exigence pour pallier le défaut de la structure. La plus grande diversité marque ce que nous étudierons cette année sous le titre des « Solutions et inventions dans la psychose ».

Au cas par cas, dans la littérature et l’histoire, dans la clinique d’hier et d’aujourd’hui, nous tâcherons de nous faire enseigner par les inventeurs de nouages insolites, les « Facteur cheval » de la vie quotidienne.

 

 

La famille à l'envers

 

Dans Les Complexes Familiaux, Jacques Lacanmettait l’accent sur le fait que « La famille n’est pas naturelle, n’est pas un fait biologique, mais un fait social ».

Ce fait social correspond aux instances culturelles,qui dans l’ordre du symbolique dominent les instances naturelles. Sont là concernées : « les modes d’organisation de l’autorité familiale, les lois de sa transmission, les concepts de la descendance et de la parenté qui lui sont joints, les lois de l’héritage et de la succession qui s’y combinent, enfin ses rapports intimes avec les lois du mariage ». La famille est considérée comme une institution, à l’intérieur de laquelle l’enfant vient se loger, et dans laquelle se fera son évolution, en abordant les différents complexes. C’est l’époque où Lacan affirme la suprématie de la métaphore paternelle, et des lois du langage, sur la nature.

Aujourd’hui, la famille ne s’inscrit plus dans les mêmes coordonnées. Les règles de la nature ont changé, elles ont été bousculées par la science. Les techniques de la biologie, ont désacralisé les ventres, la maternité, la procréation. Ce qui préside à l’établissement d’une famille, n’est plus de l’ordre du symbolique et n’inclut plus forcément les fonctions de père ou de mère. Ce qui domine, ce sont les modes combinatoires des jouissances des hommes et des femmes entre eux, qui entraînent une très grande variété des modes de conjugalité.

« Désormais, c’est la naissance d’un enfant qui crée la famille », comme l’écrit la Mission d’information de l’Assemblée nationale sur la famille ; ce n’est plus la famille qui attend un enfant.

L’enfant n’est donc plus celui pour qui, l’institution qu’est la famille traditionnelle, a pré-établi sa place, son logement. Cela a des conséquences pour la clinique. Cela lui confère une grande responsabilité.

Nous remarquons depuis longtemps, le déclin social de la fonction paternelle. A l’extrême le père, au regard de la loi peut maintenant se réduire à être un gamète. Mais que devient la mère, quand elle est mère porteuse, ou mère de substitution ? Les fonctions du père et de la mère ont déshabité l’adéquation au lien de sang, et maintenant ces fonctions ne se réfèrent plus seulement au sexe qui était censé les supporter. En témoignent les cas, où le père fait la mère et inversement, et ceux liés à l’homoparentalité.

La psychanalyse depuis Freud avait prévu, peut être devancé ces bouleversements. La famille n’est seulement celle qui semble instituée, c’est celle du mythe individuel du névrosé, que le sujet dénonce. Ce qui oriente le sujet n’est pas seulement son père ou sa mère, c’est pour Lacan, les signifiants maîtres. Mais que devient la clinique, lorsque ce ne sont plus les signifiants maîtres qui orientent le sujet, mais l’exigence du plus-de-jouir ? Le statut de l’enfant serait à revoir, il n’est plus seulement l’infans, celui qui ne parle pas, mais qui est parlé, il est celui que les psychanalystes écoutent, comme un sujet à part entière.

Comme le dit Jacques Alain Miller, dans son intervention aux Journées de l’enfant en mars 2011, avec le titre L’enfant et le savoir : « C’est l’enfant, dans la psychanalyse, qui est supposé savoir, et c’est plutôt l’Autre qu’il s’agit d’éduquer, c’est à l’Autre qu’il convient d’apprendre à se tenir. Quand cet Autre est incohérent et déchiré, quand il laisse ainsi le sujet sans boussole et sans identification, il s’agit d’élucubrer avec l’enfant un savoir à sa main, à sa mesure, qui puisse lui servir ».

Notre travail de l’année suivra trois axes : l’évolution des familles contemporaines ; l’évolution de la conception de la famille de Freud à Lacan puis de Lacan à Lacan, résultant de la pratique analytique ; les conséquences cliniques pour l’enfant de ces changements dans l’Autre social.

 

 

Amour, désir, jouissance

 

Le préalable, c’est la jouissance… Le vivant en est la condition ; autrement dit, un corps, ça se jouit. Substance jouissante, ce corps auquel nous avons affaire est avant tout un corps parlant, un corps issu d’un désir qui a pu le faire émerger grâce à une construction et un nouage entre symbolique, imaginaire et réel. Une part de cette jouissance est interdite à l’être parlant mais l’inscription du sujet dans l’ordre symbolique du langage lui permet d’accéder au désir.

Lacan a pu dire que : « Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir » (Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 209), nouant ces trois signifiants dans une formulation resserrée, voire énigmatique, que nous mettrons au travail cette année. C’est qu’en effet, au royaume du non-rapport sexuel, c’est l’amur qui règne en maître, mettant en évidence notamment que « la jouissance […] du corps de l’Autre […] n’est pas le signe de l’amour (Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 11). »

Il y a de l’Un. Et il y a l’Autre. L’inconscient est au travail de l’Un faisant le lit de la solitude, de l’autisme de la jouissance.

Quelles conséquences s’en dégageront pour que puissent se lire cette disjonction entre le désir et l’amour,

mais également, entre l’amour et la jouissance ? La relever nous conduira à décliner ce ternaire côté homme et côté femme. Là où la dissymétrie, la différence, des modes de jouissance et du rapport à l’amour et au désir, est la règle. A l’heure de l’affaiblissement de l’ordre symbolique, des bouleversements dans le réel, nous interrogerons la façon dont les êtres parlants au XXIe siècle s’embrouillent et se débrouillent avec ce qui ne sert à rien, soit la dite jouissance. Car, au-delà du malentendu, du ratage qui leur permet de se reproduire, comme l’énonce encore Lacan, comment l’amour vient-il faire solution, suppléance faudrait-il dire, entre les sexes ?

Etudier les nouages entre l’amour, le désir et la jouissance nous ouvrira la voie vers une (re)définition du nonrapport sexuel que nous tenterons de lire à partir des coordonnées de notre clinique contemporaine.

 

 

"Que puis-je savoir ?

Que dois-je faire ?

Que m'est-il permis d'espérer ?"

 

Ces questions cruciales nous ont tous traversés à un moment ou à un autre de notre vie. Elles n’interrogent pas la destinée, mais notre présence au monde. Elles se posent à partir du moment où on ne croit pas être sur une voie toute tracée, celle de la tradition et de l’héritage, ou pris dans un flot qui nous porte, celui de la race, de la nation ou de l’espèce. C’est l’individu qui s’interroge et tâche de déterminer sa conduite sans qu’une révélation ou un programme transcendant lui assigne sa manière de vivre. La modernité nous permet d’accéder à une telle formulation, car Dieu (ou les dieux) nous laisse responsables de nous-mêmes. Deux affects sont la contrepartie de cette liberté des Modernes : le désenchantement et l’angoisse. C’est le prix de cette pensée à laquelle on a donné le nom de Lumière(s) et dont nous restons profondément imprégnés.

Le programme des Lumières est toujours d’actualité, mais de l’eau a coulé sous les ponts et la Raison n’a pas tenu toutes ses promesses. La science, et son prolongement technique, ont produit autant d’horreurs qu’elles ont permis d’avancées triomphantes.

 

La psychanalyse a permis depuis une profonde réforme de la pensée. Fille du rationalisme et de la science, elle a su éclairer jusqu’aux zones réputées les plus obscures de l’âme humaine. Refusant de laisser à l’ineffable et au démoniaque la vie psychique et la folie elle-même, elle a forgé, avec l’inconscient inventé par Freud, les outils d’une exploration de la psyché inédite. Cette révolution n’est pas allée sans désidéalisation de la science et sans réserve quant au « progrès ».

C’est ce qu’on voit à l’œuvre dans le dialogue que nous connaissons sous le nom de Télévision, où Jacques-Alain Miller invite Lacan à donner son avis sur ces trois questions. Lacan ne réenchante pas le monde ; pas de lendemain qui chante ni de salut à espérer : il pousse encore plus avant l’exercice d’élucidation et la critique des illusions modernes.

A l’heure de la promotion de la normalisation et des communautés de jouissance, c’est la question du sujet, du singulier et du contingent, qui est posée. La subversion du discours courant renvoie le sujet à une éthique dont le Bien-dire est la clé et le désir le fondement. C’est l’inconscient - et le savoir supposé à son sujet - qui nous permet d’accéder à un réel, hors de toute croyance en un savoir absolu ou une connaissance ultime.

 

Si nous remettons l’ouvrage sur le métier, c’est qu’autant de temps nous sépare de Télévision, qu’il ne s’en est écoulé depuis l’invention de la psychanalyse. L’époque nouvelle  a connu des mutations irréversibles. Les sujets d’aujourd’hui se trouvent désemparés, sans boussole et volontiers égarés dans leur jouissance. Nous avons donc à nous interroger sur les savoirs dont nous disposons. Comment nous servent-ils à nous repérer, à penser notre expérience et à mener nos vies ? Que pouvons-nous dire, sans nous bercer d’espoirs vains, sur ce que sera peut être demain ? Comment se passer de la tradition et inventer, plutôt que répéter ? Quelles voies sont possibles, qui ne soient ni celle du retour à Dieu et son passé funeste, ni celles du pire et du désespoir programmé ? Comment faire avec la varité, l’absence de l’Autre, la reconnaissance du hasard et de la contingence, sans sombrer dans le cynisme postmoderne ou le relativisme nihiliste ? Quelle place pour les idéaux sans crédulité ? Que savoir de la « réalité sexuelle », qui n’est autre que  celle de l’inconscient ? Que faire et qu’espérer en reconnaissant l’impossibilité d’écrire le « rapport sexuel » ? Quel avenir pour les femmes, pour l’amour ? N’est-ce pas la voie du Gay sçavoir ? Voilà le défi que nous relèverons cette prochaine année.

 

 

« C’est la honte ! »

Civilisation, identité, idéaux, objet a, asservissement, capitalisme, évaluation, bureaucratie, religion, surmoi féroce, tyrannie, terrorisme, sacrifice, obscénité, Maître moderne, normativité, surmoi, Un-tout-seul, honte, culpabilité, haine, racisme, ségrégation, addiction, pudeur, impudeur, regard.

 

Le Malaise actuel de la Civilisation est un enjeu majeur pour la psychanalyse. Nous devons saisir comment le réel affecte aujourd’hui les subjectivités. « Nous sommes au point où le discours dominant enjoint de n’avoir plus honte de sa jouissance. De son désir, (oui), mais pas de sa jouissance », constate J-A. Miller.

Avec le déclin du Père, nous ne sommes plus portés par des valeurs culturelles communes ni par une tradition héritée. Les identités s’éparpillent. La jouissance est un impératif. « La montée au zénith de l’objet a » a pris le pas sur les repères symboliques et les idéaux. Trouver un sens à l’existence devient problématique pour le sujet contemporain. Livré à la solitude de sa jouissance, il peut chercher dans les communautés de jouissance une identité en prêt à porter et une boussole – ou sombrer dans un ennui mortel.

Avec le triomphe du discours capitaliste, l’évaluateur et le bureaucrate remplacent le maître. L’asservissement à leur pouvoir, anonyme et souvent invisible, est d’autant plus féroce. En réaction à la sortie de scène du Père, notre époque est aussi celle du retour de la religion, vers laquelle de nombreux sujets déboussolés se tournent - parfois de façon radicale. Ceux-là se soumettent à une figure de l’Autre absolu, tyrannique, à des règles universelles aliénantes, parfois au prix même de leur vie. Le terroriste est une figure de notre temps. Faute de reconnaissance par la voie du symbolique, certains choisissent le passage l’acte : ils veulent marquer l’histoire, se faire un nom en se sacrifiant au nom d’une cause. Ce qui se déchaîne, au fond, c’est la haine. Sur fond de déception et de méconnaissance, la haine (de soi ou de l’autre) s’adresse à l’Un et vise la rupture, l’anéantissement de la relation.

L’impératif de jouissance aux commandes propage aussi une demande d’hyper-normativité, conforme aux exigences du surmoi obscène. À tenir l’Autre pour « un sous-développé » (ou à l’inverse pour un infidèle, un impie…) grande est la tentation de lui imposer notre mode de jouissance. Lacan avait annoncé dans Télévision la montée prévisible du racisme et de la ségrégation, comme conséquence de « l’égarement de notre jouissance ».

Par ailleurs, le surmoi actuel impose de « tout dire » et « tout montrer ». Le sujet contemporain peut se réduire à un pur regard par le trou de la serrure, renvoyant l’autre à un « statut de rebut honteux ». « L'impudeur de l'un fait le viol de la pudeur de l'autre », dit Lacan.

Une nouvelle clinique s’ouvre à nous : celle de la croyance, de la soumission, de l’emprise ; autant de « déclinaisons de la dépendance », car notre époque est celle de l’addiction généralisée et de ce que nous appelons les « pathologies du surmoi ». Comment la psychanalyse permet-elle à des sujets de sortir de dispositifs aliénants, de systèmes de jouissance désubjectivants, d’idéaux universalisants, pour qu’ils puissent trouver l’appui de leur symptôme, élaborer un récit sur ce qui cloche pour s’orienter dans le monde d’une façon singulière ?

Cette année de travail nous conduira à revisiter des signifiants qui surgissent dans l’actualité comme dans la clinique : le héros, le sacrifice, mais aussi la pudeur ou l’honneur, figures imaginaires que notre temps oppose à la honte à la culpabilité et à la haine. Nous verrons comment, dans la plainte que les sujets déboussolés nous adressent, « la culpabilité comme la honte sont des modes de traitement du réel qu’il faut savoir respecter » et comment « plutôt que déculpabiliser, la psychanalyse divise sur le chemin vers la responsabilité du sujet. »

 

 

Le triomphe de l’image

 

En   1954,   Lacan   évoquait   « le  besoin   d’imager   qui   conduit   à l’idolâtrie ». Ce que l’homme adore ainsi, c’est son image. De tout temps,  l’homme s’est imaginé d’autant plus maitre de son être qu’il s’est cru beau et s’est érigé glorieux. Pourtant, cette belle forme qu’il construit,   qui  l’enveloppe  et  lui  donne   consistance,  masque  une horreur : celle du  corps  qui  « fout  le camp  à tout  instant ». Ainsi, l’image permet-elle  de ne rien savoir du réel qu’elle voile et du trou qu’est le corps.

 

Si cette passion narcissique est aujourd’hui exacerbée par les techniques que la science rend  possibles - chirurgie  esthétique,  changement  de sexe ou  selfie -, sur  quoi  l’imaginaire triomphe-t-il ? D’abord  sur  le langage. Sur le signifiant qui est l’autre moyen de se défendre contre le réel et dont  on peut dire, à l’ère du discours capitaliste, qu’il a du plomb  dans l’aile ! C’est d’ailleurs ce qui alimente  son retour  dans les fondamentalismes  religieux, lesquels condamnent férocement  la jouissance et l’image (qu’ils savent cependant manipuler au service de la mort).  Le poids de l’interdit biblique  de la représentation et son destin dans les monothéismes sera un de nos thèmes de travail.

 

La pulsion scopique qui pousse autant à voir qu’à se faire voir, n’est en effet plus limitée par l’interdit, la honte ou la pudeur. Dans notre société décomplexée, l’image se fétichise. Ce qu’elle met en scène serait plutôt du côté de l’abjection et du rien. Si la consommation de rêves virtuels promeut de nouvelles formes de jouissances solitaires ou en réseaux, elle produit  aussi de nouveaux symptômes.  La violence envahissante, le sexe exhibé et la pornographie ne suffisent « certainement  pas à traiter les angoisses et les problèmes particuliers ».

 

Ils exacerbent plutôt  une jouissance effrénée. Jadis, nous tentions  de composer  avec l’Autre.  A présent,  il nous  faut plutôt  tenir  compte de l’unité imaginaire, et de l’Un de la jouissance, dont  le modèle est l’addiction.  Fait  de corps  et  de sens, l’imaginaire condamne  ainsi, sans doute plus que jamais, les êtres parlants à ce que Lacan appelait la « débilité  mentale », celle qui  précisément  maintient la duperie

du possible. C’est alors que, se faisant instrument de pouvoir  et de communication, l’imaginaire secrète de nouveaux codes sociaux. Victoire de la science plus que de la religion, l’image fait de la norme l’idéal du bien, du bon  et du beau...  quitte  à servir le pire. Le tout visible, partout et tout le temps, devient le principe du discours actuel, y compris lorsqu’il s’agit de soigner, d’éduquer ou de gouverner.  La science veut tout voir et promet  qu’elle le peut.

 

Cependant, derrière les images… il y a un regard !

Dès  lors,  assistons-nous  au triomphe  de l’image ou  « au triomphe de la volonté de voir » ? Vers quelle direction  orienter  les cures dans ce monde  nouveau  où l’image triomphe  et où la coupure  entre voir et  être  vu  s’efface ? Comment manier  le transfert  avec des  sujets qui jamais ne se déconnectent de leurs objets  gadgets,  tablettes  ou smartphones ? Sujets dont  le rapport  au regard  (le leur ou celui de l’autre) fait symptôme ?

 

Nous  devrons nous demander : Qu’est-ce qu’une image ? Comment se construit  l’image du  corps ? Que  nous  apprend  l’hystérique,  qui s’épuise à traiter  l’énigme de sa féminité  par l’image ? Que  dire du travail de figuration  dans  le rêve ? Comment prendre  en compte, à partir  de  la perversion  comme  de  la sublimation,   la satisfaction directe de la pulsion que permet  l’imaginaire, hors de la castration ? Comment aborder l’envahissement de l’imaginaire dans la psychose ? Que  dire de neuf, à propos  des hallucinations  visuelles, des images indélébiles ? Que nous enseignent les autistes, qui peuvent démontrer l’efficacité intelligente  de ce que l’une d’entre eux, Temple Grandin, appelle « penser en images » ?

 

L’ analyse a beaucoup  à apprendre  du triomphe  de l’image, car « ce que  l’homme  sait faire avec son  image  (…)  permet  d’imaginer  la façon dont  on se débrouille avec le symptôme ». Il y a en effet bien des embrouilles  dans l’existence : avec les symptômes  dont  on pâtit, ou avec les partenaires-symptômes et leurs corps…

 

Nous  devrons nous demander :

Qu’est-ce qu’une image ?

Comment se construit-elle ?

 

Section clinique de Nice

25, Rue Meyerbeer 06000 Nice — 04 93 88 85 16 – philippe.de-georges@wanadoo.fr

 

LIENS EXTERNES

Association de la Cause Freudienne - Estérel-Côte d'Azur : www.acfeca.wordpress.com

Association Mondiale de Psychanalyse : www.wapol.org

Département de Psychanalyse Paris VIII : www.ufr-sepf.univ-paris8.fr

Ecole de la Cause freudienne : www.causefreudienne.org

Lacan Quotidien : www.lacanquotidien.fr

Université Populaire Jacques Lacan : www.lacan-universite.fr