Institut du Champ freudien

sous l’égide du Département de Psychanalyse - Université de Paris VIII

et de l'Ecole de la Cause freudienne, association reconnue d'utilité publique

SECTION CLINIQUE DE NICE Session 2020-2021

Association Uforca-Nice pour la formation permanente

EMPRISE

ET

CONSENTEMENT

C’est en 1905, dans ses Trois essais sur la théorie de la sexualité, que Freud évoque initialement la pulsion d’emprise à l’origine de la cruauté infantile. Puis cette « brutale pulsion d’emprise » sera associée à la sexualité des hommes qui comporte, dit-il, « une adjonction d’agression, de penchant à forcer les choses, dont la signification biologique pourrait résider dans la nécessité de surmonter la résistance de l’objet sexuel autrement encore qu’en lui faisant la cour ». S’y rajoute le problème de l’amour. Freud note dans son Au-delà du principe de plaisir, que « l’amour concentré sur un objet » va avec la tendance à l’agression et la haine. Il rappelle ce que « l’instinct sexuel » contient de sadisme, la possession amoureuse coïncidant pour lui avec la destruction de l’objet.

 

Avec Lacan, le concept de jouissance conjoint le sexe et la mort, au point que « toute pulsion est virtuellement pulsion de mort ». L’amour peut ainsi être synonyme d’emprise, davantage encore quand il convoque la jouissance. L’emprise rime alors avec le ravage, autre face de l’amour.

 

Consentir, c’est dire oui. Oui, à la demande de l’Autre, quelle que soit sa forme et ce qui l’anime : désir ou jouissance, prière ou pression, suggestion tendre, insistante, voire impérative. La question est du côté du sujet : qu’est-ce qui motive le consentement ? Par la séduction, la ruse, l’autorité ou le prestige (mais pas la violence et la force, qui relèvent de la contrainte), l’emprise est un forçage qui fausse le consentement en le privant du discernement qui lui donne sa valeur. D’où le poids de la suggestion, dont le ressort est hypnotique. Accord, contrat, donnant-donnant, harmonie, figures de l’illusion du rapport sexuel et de la soumission. La question qui se pose à chaque fois est celle de la responsabilité du sujet et de son consentement. Quelle valeur a ce consentement au regard de l’inconscient, du fantasme, et de cette prise de l’être dans l’amour ou la passion ? On ne se satisfait pas de la réponse imaginaire, symétrique, que Lacan réfute ; activité-passivité : au sadisme masculin répondrait le masochisme féminin, et chacun aurait son compte de son côté du miroir.

 

Chez Freud, c’est l’amour du père qui justifie et permet le consentement (Bejahung) à la castration et à ce que Lacan appelle la loi du désir. « Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir », écrit-il.

 

C’est ce qu’illustre le témoignage de Vanessa Springora, aujourd’hui, aussi bien que Les Liaisons dangereuses, au XVIII° siècle : l’amour supposé en jeu est le principe actif. Ce n’est pas tant l’amour porté au partenaire, que celui qu’on lui prête, qu’il affirme à l’égard du sujet, qui se vit alors comme l’unique, l’élu(e), – Agalma incarnée et reconnue dans son statut d’exception. La chute de cette illusion de l’amour venant de l’autre cause la déprise, l’effondrement subjectif et le ravalement. Vient le temps de la haine ou de la révolte, et du rejet du partenaire imposteur. Ce que Lacan nomme forclusion est du même type : c’est, dit-il, le rejet de l’imposture paternelle. Consentir, c’est se faire la dupe de (ou a contrario la non-dupe). C’est donc une affaire de crédit fait à l’autre ou de croyance : « Servitude volontaire », disait La Boétie...

Nous nous instruirons de l’actualité de l’emprise et du consentement, en n’éludant pas la dite « zone grise » entre le oui et le non, les effets du surmoi, féroce et pousse au jouir. Il conviendra d’aborder l’emprise dans les psychoses (y compris le syndrome d’influence, et l’altération du discernement) ; les formes perverses (dites aujourd’hui par les médias « narcissiques »), le ravissement, la séduction, la manipulation, l’abus de faiblesse ; les addictions ; les phénomènes de groupes : religion, endoctrinement, sectes ; des familles (on parle « d’aliénation parentale ») ; l’embrigadement, la radicalisation, la fascination de masse par le tyran. Il sera aussi question des usages pervertis du transfert.

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25.10.2020

Section clinique de Nice

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LIENS EXTERNES

Association de la Cause Freudienne - Estérel-Côte d'Azur : www.acfeca.wordpress.com

Association Mondiale de Psychanalyse : www.wapol.org

Département de Psychanalyse Paris VIII : www.ufr-sepf.univ-paris8.fr

Ecole de la Cause freudienne : www.causefreudienne.org

Lacan Quotidien : www.lacanquotidien.fr

Université Populaire Jacques Lacan : www.lacan-universite.fr